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Sahara Occidental. La controverse devant les Nations Unies
Compte-rendu du livre de Laurent Pointier, Sahara Occidental. La controverse devant les Nations Unies, Karthala, 2004. Par le groupe Afrique du secteur international du Conseil National du MJCF.

Laurent Pointier dresse une étude sur la tentative de résolution du conflit par l’ONU, entre un royaume marocain voulant asseoir sa domination sur la région, l’Espagne de Franco qui tarde à céder leur seule colonie de l’Afrique continentale et un peuple sahraoui revendiquant un état indépendant. Le livre retrace l’histoire du conflit depuis la source, l’accession à l’indépendance au sens onusien, jusqu’à l’échec de la mission de l’ONU chargé de préparer le référendum proposant l’accession à l’indépendance au peuple sahraouie ou le maintien du Sahara Occidental comme étant une région du sud marocain.

Après la seconde guerre mondiale, le vent des indépendances souffle assez pour permettre à des dizaines de pays de se défaire partiellement des mains des grands empires coloniaux. Face à ce mouvement, le 14 décembre 1960, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 1514 mieux connu sous le nom de Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. L’essence de cette résolution est basée sur deux notions : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’intégrité territoriale. Ces deux notions sont en fait paradoxale puisque l’ONU ne définit pas réellement la notion de peuple et la sous-entend seulement au sens occidentale du terme c’est-à-dire la perception étatique et territoriale du terme. C’est ainsi que le Maroc tire sa légitimité de ses revendications « toute tentative visant à détruire, partiellement ou totalement, l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un pays est incompatible avec les buts et les principes de la Charte des Nations Unies » (résolution 1514). Or, les frontières des pays africains pour ne citer qu’elles ont été tracés à la hâte puisque déterminer par la capacité des puissances coloniales à « administrer » des territoires. Dès lors, malheur aux peuples se retrouvant de part et d’autre d’une frontière, malheurs aux peuples nomades, malheur aux peuples contraints de fuir une guerre coloniale sanglante. Toute la complexité du conflit est nourrie par cette contradiction.

Dans cette situation, les antagonismes se fixent, l’Espagne persiste jusqu’en 1975 à garder le Sahara occidentale, ayant découvert des richesses minières importantes en 1962, elle désire garder ce territoire « sans maître ». Hassan II devait jouer sur deux tableaux d’un coté faire en sorte que la voix du Maroc soit entendu au nom de la résolution 1514 de l’ONU, en mettant surtout l’accent sur l’intégrité du territoire s’appuyant sur les frontières historique du royaume. La seconde partie du tableau est régional, à l’époque Hassan II possédait des différents avec l’ensemble des pays frontaliers, poussé par l’imaginaire nationaliste marocain, à l’époque le palais ne reconnaissait pas encore la Mauritanie, ancien territoire chérifien, et revendiquait encore des territoires du sud ouest algérien comme la ville de Tindouf. Au début des années 70, une génération de sahraouis ont la possibilité d’aller faire des études à Rabat c’est dans les mouvements étudiants aux cotés d’organisations de gauche que commencent à se former une classe politique et donc la naissance de la conscience national sahraoui. Cette génération va ensuite crée le Front pour la libération de Saguia el hamra et du Rio de Oro (Front POLISARIO) qui revendique l’indépendance du Sahara et s’oppose fermement au rattachement au Maroc ou à la Mauritanie. La création du Front POLISARIO précipite la dissolution des sentiments d’appartenance tribale en les fédérant sous la bannière du mouvement national sahraoui.

En parallèle de la diplomatie marocaine, une guerre est déclenchée par le Front POLISARIO et des tractations diplomatiques sont appuyées par l’Algérie qui soutient le Front de libération au nom du principe d’autodétermination, l’Espagne quitte le territoire au profit du Maroc. Le Sahara leur revient car le roi du Maroc a plusieurs fonctions dont celle de sultan qui représente le chef religieux régional, les chefs de tribus du Sahara ayant porté allégeance par le passé au roi du Maroc, cette allégeance devient une preuve pour l’ONU de « l’administration » du territoire sahraouie par le Maroc avant l’arrivée des espagnols.

Le dossier du Sahara reste néanmoins ouvert à l’ONU, en effet, celle-ci reconnaissait les mouvements de libération nationale comme interlocuteur et représentant du peuple revendiquant l’indépendance. Dans le même temps une longue guerre de seize années va débuter entre le front POLISARIO et l’armée marocaine et va perdurer jusqu’au cessez le feu signé en 1991. Comparé à sa puissance, l’armée marocaine a essuyé des échecs due au fait que le POLISARIO connait très bien le terrain et mène une guérilla tenace. Une sortie de crise pacifique serait plus viable, de prime abord un référendum qui sera porté sur l’autodétermination du peuple sahraoui pourrait satisfaire les deux parties. L’auteur va alors décortiquer l’imbroglio de l’identification du peuple sahraoui puisque il faut savoir qui a le droit de vote. La méconnaissance du terrain et de la sociologie du peuple sahraoui de la part des agents de l’ONU a ralentis considérablement l’avancement de l’identification. Les règles sont d’emblée caducs puisque chacun des parties convoquent leur propre chefs de tribus pour l’identification des personnes. Le dilemme de l’identification dure une dizaine d’années et connait trois secrétaires généraux de l’ONU sans succès.

Ce livre est un outil pointu pour comprendre tout d’abord l’origine du conflit issue d’une décolonisation inachevé et de la définition purement occidentale des règles d’accession à l’indépendance. Les antagonismes régionaux sont également distillés pour comprendre les opérations de séduction qu’ont opérés les autorités marocaines et l’Algérie qui appuie le front POLISARIO et même accepte d’accueillir la République Arabe Sahraouie Démocratique basé dans le camp de réfugié de Tindouf en Algérie. Enfin, l’échec de la voie référendaire car l’identification du peuple sahraoui par les deux parties devient impossible. Ce travail de recherche offre des pistes de réflexions très utiles sur les raisons qui font durer ce conflit.


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