Mouvement des jeunes communistes
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Retour sur la mobilisation pour les retraites

 Enfin sérieusement, ils se mobilisent pas pour les retraites. Ils en ont rien à foutre des retraites. Dieu merci, tu as raison de le dire, si à 20 ans tu t’intéresses à ce que tu vas faire à 55 ou à 60 ans, tu te tires une balle dans la tête. La deuxième chose, ils sèchent les cours. Enfin quand même. Tu sèches les cours, c’est quand même ça le premier plaisir. T’as pas envie d’aller en classe. Tant qu’il fait beau, tu ne vas pas en classe. C’est une crise d’adolescence, on l’a tous passée, c’est un rite d’adolescence. Il faut aller manifester parce que tu deviens adulte. Tu sautes une fille et tu manifestes. Tu fais les deux. Ils en sont là.

Ainsi s’exprimait le grand esprit Robert Ménard, ancien dirigeant de Reporters sans frontières, le 14 octobre dernier depuis le plateau de RTL [1]. Rien de bien original à vrai dire, les modalités d’action des jeunes, souvent teintées d’esprit festif, font toujours dire aux experts autoproclamés que les jeunes sont là seulement pour sécher les cours et faire la fête, assaisonnant parfois leur pénétrant propos d’anthropologie de comptoir, en ajoutant que ça relève d’un rituel !

A l’évidence, l’explication est un peu courte : croit-on que ces dizaines de milliers de jeunes iraient manifester derrière les Le Pen pour la fête de Jeanne d’Arc si Le Pen proposait de la commémorer un jour non férié, offrant ainsi aux jeunes avides de « sauter une fille » et de « sécher les cours » la possibilité tant attendue de se livrer à ce fameux rituel ? Non, il y avait bien une conscience politique chez ces jeunes qui manifestaient contre la réforme des retraites.

Pourtant, nous ne pouvons en rester à ce niveau d’analyse. Demeure bien une question importante qu’il s’agit d’éclaircir : pourquoi les jeunes se sont-ils mis en mouvement si massivement à l’occasion de cette mobilisation contre une réforme semblant si peu les concerner, la réforme des retraites ? Qu’est-ce que ce mouvement dit des jeunes de France en 2010 ?

La part des retraites

La grande erreur de l’ami Ménard, c’est d’avoir pensé que les jeunes étaient en tout indifférents à cette réforme. Pourtant, il y a au moins trois raisons, dans cette réforme, qui ont poussé les jeunes dans la rue.

La solidarité tout d’abord. Les jeunes de 18-25 ans ont souvent des parents qui sont déjà usés par le travail. Ayant souvent abdiqué la nécessaire revendication d’une amélioration des conditions de travail, ils sont nombreux à attendre avec impatience la quille, la libération, la retraite. Croit-on que cette usure des parents liée au travail a laissé insensibles les jeunes ? Difficile à imaginer. Solidarité donc.

Projet de vie personnel ensuite. Combien de jeunes sont prêts à travailler jusqu’à 65 ans et au-delà ? Quiconque a milité pendant cette campagne en a nécessairement croisé mais quiconque a milité pendant cette campagne a aussi vu un refus autrement plus massif et clairement exprimé par les jeunes jusque sur des pancartes : « 13 ans en tôle, 16 ans irresponsable, 25 ans au chômage, 71 ans mort au travail ». Le refus du projet de vie imposé par la droite et l’aspiration à un autre projet de vie ont eux aussi poussé les jeunes dans la rue.

Enfin, et nous n’avons eu de cesse de le mettre en avant, les jeunes sont concernés dès à présent par cette réforme des retraites par le biais de l’emploi. Alors que le chômage touche déjà près de 25% des jeunes, la perspective de bloquer un million d’emplois en reportant l’âge de la retraite, a été un argument qui a fait mouche. Repris dans les manifestations et farouchement combattu dans les tribunes du Figaro et jusqu’au président de la République dans son allocution télévisée. Il a fait mouche chez les jeunes en proie au chômage et à la précarité ; il a fait mouche chez les lycéens, inquiets par rapport à leur tout proche avenir et inquiets pour leurs grands frères et grandes sœurs coincées chez leurs parents pour n’avoir pas trouvé d’emploi stable.

Solidarité intergénérationnelle, projet de vie personnel, enjeu de l’emploi sont autant d’éléments qui ont motivé les jeunes en lien direct avec la réforme de Sarkozy-Fillon-Woerth-Parisot. Pourtant, c’est au moins autant le contexte global que la réforme stricto sensu qui a mobilisé les jeunes, c’est du moins l’analyse que la coordination nationale verse au débat.

Le chaudron de la colère

Les jeunes bouillent dans un grand chaudron de colère. Interrogés pour le Secours populaire, les jeunes seraient 38% à se déclarer en colère, 44% chez les femmes, 40% chez les actifs et 64% chez les chômeurs. Quelles flammes font bouillir la marmite ?

Il y a d’abord une vive expérience de l’exploitation. Avec un chômage massif, rappelons-le, ce sont 23% des jeunes actifs qui sont au chômage (plus de 500 000 jeunes !), avec un interminable sas de précarité imposé, les jeunes acceptent souvent de travailler dans des conditions très mauvaises. Exploitation au travail, conditions de vie difficile pour les salariés comme pour les chômeurs. Rappelons qu’un jeune sur cinq vit sous le seuil de pauvreté dans ce pays. La faiblesse des conditions matérielles d’existence de nombreux jeunes alimente une colère bien compréhensible.

Nombreux sont les jeunes à vivre les discriminations soit directement, soit par ceux qu’ils côtoient. Autant de flammes sous la marmite. Combien de jeunes voient leurs conditions de vie dégradées par la politique du gouvernement, que ce soit dans l’univers scolaire (suppressions de postes, etc.) ou ailleurs.

Le ressentiment contre Nicolas Sarkozy traverse une grande partie de la jeunesse et l’antisarkozysme n’a pas peu nourri les flammes de la colère. Ses discours très violents (à commencer par celui de Grenoble) ne sont certes pas connus à la lettre de tous les jeunes – c’est plutôt le contraire – mais c’est toute une atmosphère de racisme et de politique de caste que les jeunes perçoivent bien. Le discours usé de Sarkozy sur les « caisses vides » ne fait plus guère illusion après l’épisode du renflouement massif des banques où les milliards jamais disponibles pour le peuple se sont soudain révélés disponibles pour les banques devant les yeux ébahis de toute la population, notamment juvénile.

C’est ainsi une certaine conscience globale de l’injustice de ce monde capitaliste et des politiques sarkozystes qui agite nombre de jeunes et chauffe leur colère.

Qu’advient-il, politiquement, de cette colère au vu du mouvement des retraites ?

Une politisation juvénile renforcée

Toute mobilisation s’accompagne d’une prise de conscience qui déborde son objet initial. On commence par se mobiliser pour une question et la réflexion s’élargit en battant le pavé, en voyant d’autres personnes, en lisant des tracts, en discutant. Combien de jeunes se sont-ils jetés sur Internet pour lire et relire sur les retraites, s’informer, se faire son avis, se faire citoyen actif, se faire combattant informé dans la lutte de classes. Une anecdote parisienne qui vaut ce qu’elle vaut : une jeune manifestante demande à son professeur dans une manif’ quel est le ministre qui a créé la Sécurité sociale, Ambroise, Ambroise… ? La lycéenne avait ainsi sans doute lu que c’est Ambroise Croizat, ministre communiste, qui avait été à l’origine de la Sécurité sociale. Partie des retraites, elle était déjà entrée dans une politisation plus large et plus approfondie. Dans le même sens, la mobilisation s’est fort logiquement accompagnée d’adhésions nombreuses. Toutefois, cette politisation n’est pas née ex nihilo de ce mouvement, elle semble s’inscrire dans une tendance de fond. L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire a produit une étude sur la politisation des jeunes. Il en ressort que les jeunes de 2010 seraient davantage politisés que ceux des années 1980 ; surtout, ils seraient plus politisés que les plus vieux. Si on regarde cette décennie 2000, on s’aperçoit que les jeunes y ont davantage battu le pavé que dans les années 1990 ou 1980, qu’ils ont signé davantage de pétitions, etc.

Ne cédons pas à l’enthousiasme ! Il y a bien des limites à cette politisation : d’une part, elle passe trop peu par un rapprochement avec les organisations politiques authentiquement porteuses des propositions conformes à l’intérêt de la plupart des jeunes ; d’autre part, le fatalisme et le désespoir n’ont pas disparu du paysage juvénile (25% des jeunes se disent désespérés selon le Secours populaire). Gageons qu’avec cette défaite en dépit de la mobilisation massive des salariés et des jeunes, le fatalisme ne sortira pas affaibli…

Comment, enfin, ne pas évoquer la tentation de la violence qui a fleuri ici et là sur les montagnes de colère accumulée ? Nous livrons donc au débat ces quelques réflexions. Il nous semble que le mouvement de 2010 aura montré une jeunesse plus politisée que le discours dominant (cf. Ménard) veut bien le reconnaître ; une jeunesse refusant largement les projets réactionnaires de la droite et du patronat ; une jeunesse aspirant à une vie plus juste et n’hésitant pas pour cela à battre le pavé, dans une certaine mesure. Dans le même temps, ce mouvement nous aura montré une jeunesse populaire très inégalement mobilisée et une jeunesse lycéenne dont la motivation se brise sur des vacances scolaires, une jeunesse estudiantine désemparée. Mais il est sans doute plus intéressant de se demander quels ont été les effets sur les jeunes du mouvement des retraites. Si le fatalisme ressort peut-être grandi, la conscientisation a avancé et des germes ont été semés dans les têtes. A nous d’agir pour que ne pourrissent pas ces graines d’espoir…

[1] http://www.rtl.fr/emission/on-refait-le-monde/ecouter/on-refait-le-monde-du-14-oct-2010-7630480964->http://www.rtl.fr/emission/on-refait-le-monde/ecouter/on-refait-le-monde-du-14-oct-2010-7630480964


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