Mouvement des jeunes communistes
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Rencontre avec Bernard Rondeau, de la CGT
Depuis près de deux ans, les travailleurs sans-papiers ont fait irruption sur la scène publique pour dénoncer leurs conditions d’exploitation. Nous avons interrogé Bernard Rondeau, photographe et membre de la C.G.T., qui a suivi et participé à ces luttes pour en savoir plus sur les enjeux de ce combat.

JC : Peux-tu nous donner quelques éléments sur la mobilisation des travailleurs sans-papiers ?

Bernard Rondeau : Ce qu’il faut savoir avant tout, c’est pourquoi il existe un phénomène de sans-papiers. Depuis 1974, l’obtention d’un titre de séjour est conditionnée à la possession d’un contrat de travail. Cette mesure a créé le phénomène que l’on connaît. Aujourd’hui, il y a entre 200 000 et 400 000 sans-papiers sur le territoire. La mobilisation contemporaine est née d’une prise de conscience à la CGT, en 2006, de l’ampleur de ce phénomène à la suite de luttes locales. On se rend compte à ce moment que la casse du droit du travail passe aussi par l’utilisation de cette main-d’œuvre corvéable à merci. Cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas de luttes auparavant (cf dans les années 90 avec les occupations d’églises) mais celles-ci ont une vocation avant tout humaniste. C’est pourquoi, en janvier 2008, nous lançons une mobilisation pour obtenir la régularisation de ces travailleurs qui sont présents en France depuis plusieurs années. Près de 3000 dossiers ont été régularisés au bout de six mois. Malgré tout, nous poursuivons le combat et lançons une seconde phase en 2009 qui concerne des travailleurs davantage isolés (dans l’aide à la personne notamment) avec des actions plus radicales comme l’occupation de sièges d’organisations patronales ou d’agences d’intérim. Le but est d’obtenir des critères généraux de régularisation valables dans toutes les préfectures car très souvent l’arbitraire y règne. Nous avons mobilisé près de 7000 travailleurs et même si nous avons obtenu moins de régularisations, en raison de blocages politiques, nous constituons des dossiers. Nous allons relancer des actions début 2011 pour faire pression auprès des préfectures.

JC : Quelle stratégie a été choisie pour battre en brèche le gouvernement et le patronat mais aussi pour obtenir le soutien de la population ?

B.R. : Notre combat avait pour but d’obtenir les droits sociaux qui leur reviennent légalement en raison de leur activité salariée. Derrière, c’est tout le discours du gouvernement qui est mis à mal. L’immigration est de manière écrasante économique. Traiter la question de ces individus sous un angle humanitaire ne casse pas les préjugés posés par le gouvernement. S’ils sont présents sur le territoire, c’est que le patronat en a besoin pour exercer des métiers que les français ne veulent pas exercer et qui ne sont pas délocalisables (restaurations, aide à la personne, nettoyage) mais aussi pour tirer les droits sociaux de l’ensemble des travailleurs vers le bas. L’utilisation de cette main-d’œuvre est un moyen de casser le droit du travail. C’est donc une question de lutte de classes et tous les travailleurs sont concernés. Par exemple, nous avons obtenu des acquis pour les intérimaires et ces avancées profiteront à tous les travailleurs, français comme étrangers. Nous sommes par ailleurs très heureux d’avoir contribué à mettre en échec le débat sur l’identité nationale. En montrant que les sans-papiers sont des travailleurs, nous avons cassé l’image de sans-papiers assistés profitant des aides sociales. Au niveau des mots utilisés pour désigner ces populations, nous avons obtenu une victoire : on parle désormais de travailleurs sans-papiers ou de travailleurs migrants et non plus de clandestins. De plus, nous avons le soutien de l’opinion si on se fit aux sondages (77% dans le dernier). Même si le gouvernement ne respecte pas les accords, nous avons obtenu le soutien de certains patrons, qui ne peuvent se permettre de voir leur activité bloquée longtemps et qui reconnaissent le poids de cette main-d’œuvre dans l’économie. Les autorités continuent pourtant à séduire l’extrême-droite et entraver les conditions de vie de ces travailleurs pour rendre service au patronat.

JC : As-tu des éléments sur l’ampleur de ce phénomène au niveau européen ?

B.R. : Tout d’abord, il y a une volonté de coordonner une action au niveau européen de la part de nos dirigeants mais les mobilisations actuelles ont ralenti ce projet. De plus, certains gouvernements européens n’ont pas la même politique envers les travailleurs sans-papiers. 300 000 régularisations ont été effectuées en Italie par le gouvernement Berlusconi ces dernières années. En Espagne, l’ouverture à une main d’œuvre immigrée depuis 15 ans a été reconnue publiquement comme un facteur d’accroissement des richesses produites (ils ont contribué à 3,5% du PIB). Nous tentons de coordonner une action syndicale européenne via la CES pour contrecarrer l’idée d’une Europe forteresse et cette lutte doit avant tout passer par la question du travail. Par ailleurs, il existe certaines actions chez nos voisins. Par exemple, les syndicats belges ont lancé une bataille similaire à la nôtre. Ce combat devrait se faire au niveau international car il semble que les travailleurs migrants correspondent aux besoins de la mondialisation actuelle, à savoir mettre en concurrence les travailleurs et tirer les droits sociaux vers le bas en faisant appel à une main-d’œuvre étrangère. Des Etats-Unis à la Chine (même s’il s’agit de migrants internes) en passant par Dubaï, il semble que les mêmes logiques soient à l’œuvre.

Entretien réalisé par Nordine pour le groupe sans-papiers du pôle bataille d’idées


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