L’ouvrage de ce journaliste présente une vue d’ensemble de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy en direct ion des quartiers populaires considérés comme des terres de non-droit…
La sortie en 2008 du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale éclaire bien les mutations impulsées par Nicolas Sarkozy. Pour la première fois, défense et sécurité nationale sont mêlées : il s’agit de lutter contre les ennemis de l’extérieur et de l’intérieur… L’utilisation de l’armée de t erre devient possible sur le territoire français comme à l’époque de la guerre d’Algérie. Des soldat s sont déjà préparés dans un camp d’entraînement pour des opérations en milieu urbain. Un Conseil de défense et de sécurité nationale – Pentagone à la française avec pleins pouvoirs au président – sera chargé d’évaluer les forces à utiliser pour enrayer la nouvelle « crise des banlieues ». Le rattachement de la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur est également un point d’étape pour réduire la distance du militaire avec la police.
L’urbanisme est aussi touché. Le gouvernement et l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) obligent les acteurs locaux à redessiner des quartiers en accord avec la police pour lui faciliter la tâche. La loi prévoit l’obligation de la prise en compte des demandes de la police lorsque des logements sociaux sont reconstruits : emplacements stratégiques pour un éventuel commissariat , voies d’accès réservées pour la police, etc.
Le programme sécuritaire passe aussi par la vidéo-surveillance, présentée comme l’out il permet tant de réduire la délinquance et de lut ter contre le terrorisme : 60 000 caméras installées depuis 2007, 20 millions € pour leur installation dans 75 villes sans compter tous les frais supplémentaires. Ça ne permet pas de reconnaître terroriste ou délinquant : dangereux, inefficace et ruineux donc. La LOPPSI 2 prévoit pourtant (article 17 ter) qu’en cas de mairie refusant d’installer des caméras, le préfet puisse s’y substituer pour imposer la vidéo-surveillance et l’inscrire d’office au budget .
Quant aux bailleurs sociaux, ils sont sommés d’intégrer le programme sécuritaire. Depuis 2010, la loi leur permet d’installer dans t out es les parties communes des caméras avec renvoi automatique des images à la police. Les dérives sont inévitables. D’ores et déjà, l’OPAC du Rhône a passé un contrat avec une entreprise de sécurité privée. Ces agent s de sécurité, choisis de préférence « d’origine nord-africaine ou subsaharienne », vont là où la police ne va plus pour faire un travail de prévention mais aussi de répression. Ces mi-grands frères, mi-gardiens d’immeubles, mi-policiers pourront porter des bâtons défense de type tonfa lorsque le préfet les y autorise…
L’ouvrage d’Hacène Belmessous permet de comprendre comment la politique sécuritaire est adossée à la politique capitaliste de la bourgeoisie. Les quartiers populaires sont abandonnés à leurs maux pendant que l’État adopte une ligne attentiste mais prévoit tous les outils nécessaires pour écraser toute révolte des banlieues.
A partir d’une note d’Ourouk