L’actualité politique de ces derniers jours en France et en Europe semble surréaliste. L’opération d’enfumage du remaniement ministériel et de l’intervention télévisée de Sarkozy ne nous indique qu’une seule chose : les capitalistes continuent de s’enfermer dans les logiques économiques qui nous ont menés à la crise, Sarkozy continue sa politique de division, les coups de force autoritaires et la dérive vers l’extrême droite.
À l’aide de son ami Strauss-Kahn, patron du FMI, l’Union Européenne vient ainsi d’accorder dans son extrême mansuétude un plan de « sauvetage » à l’Irlande. Derrière la rhétorique bien huilée, entendons plutôt « plan de dépeçage du peuple irlandais pour satisfaire les appétits financiers des spéculateurs ». Avec entre autres à la clé : la réduction des allocations chômage et 25 000 surpressions d’emplois publics !
Dans une moindre mesure la feuille de route du gouvernement Fillon 3 est la même. Un seul objectif : la réduction de la fameuse dette et donc, selon leur logique, des dépenses publiques. Entendons par là aussi en langage claire : mise à sac de la sécurité sociale, des services publics dont l’éducation nationale, globalement de tout notre système de protection sociale. Ils envisageraient même dans un élan de charité avec le peuple français de supprimer le bouclier fiscale devenu symbole parmi d’autres de la politique de classe de Sarkozy pour dans le même temps... supprimer l’ISF ce qui représenterait 4 milliards en moins dans les caisses de l’État ! Tout cela alors même que parmi les questions posées avec force par le mouvement sur les retraites figure celle d’une nouvelle répartition des richesses entre les travailleurs qui les produisent et les capitalistes qui les leur confisquent.
Si cette actualité politique semble surréaliste, c’est bien parce qu’elle l’est. L’empressement de la droite à vouloir tourner la page de la réforme des retraites pour mener de nouvelles offensives antisociales traduit son manque de sérénité.
Sarkozy vient en effet de subir sa première grande défaite politique depuis 2007. Avec la première séquence de l’énorme mouvement social que nous venons de connaître, un vent s’est levé. Il nous faut continuer à le faire souffler. En défendant la retraite à 60 ans à taux plein, les français y compris les jeunes, chose unique pour un mouvement sur les retraites, ont soulevé bien d’autres questions. Du sens du travail, qui repose avec force la question de l’exploitation capitaliste, au refus du coup de force autoritaire, qui interroge sur une nouvelle république, en passant par le rejet de ce pouvoir au service exclusif des riches, qui démontre le souhait d’une autre répartition des richesses, ce sont ces aspirations, plus ou moins confuses, à une autre société qui émergent de ce mouvement. Au fond, on sent bien que ce qui se joue, c’est la question du choix de société qu’il y a derrière cette réforme et l’ensemble des politiques capitalistes à savoir : concurrence contre solidarité, précarité contre sécurité, réponses aux besoins du marché contre réponses aux besoins humains.
La mobilisation intergénérationnelle, entre lycéens, étudiants, travailleurs et retraités, est aussi la démonstration que la droite, qui voulait nous faire croire que le problème de financement des retraites était de la responsabilité des générations précédentes, a une nouvelle fois été mise en échec. Nous avons su mettre en exergue que le problème n’est pas celui d’une génération qui s’est gavée sur le dos de celle d’après, mais qu’il vient bien de la classe de ceux qui nous exploitent, s’enrichissent et gaspillent les richesses sur le dos de ceux qui les produisent. Nous avons su aussi irriguer la mobilisation, à l’appui du projet de lois des députés communistes, pour dessiner les piliers d’une autre réforme des retraites plus juste et plus efficace contre la crise basée sur le développement d’emplois de qualité pour toutes et tous, la réorientation des richesses créées par le travail vers les salaires et le financement de la protection sociale, la mise à contribution des revenus financiers gâchés sur les marchés boursiers....
Mesurons le chemin parcouru depuis le mois d’avril où lors de notre congrès nous avions décidé d’en faire une bataille majeure avec 2 objectifs premiers : − faire entrer les jeunes dans la bataille par le lien travail/retraites − faire du débat sur les retraites un débat de société.
Car à l’inverse des experts en commentaires des plateaux télé, nous savons que cette génération de jeunes mobilisés n’est pas spontanée comme ils disent. C’est bien la mobilisation des organisations politiques et syndicales qui a permis ce mouvement. Je tiens à saluer la mobilisation sans faille de tous les jeunes communistes dans la lutte contre la réforme des retraites. En effet, l’engagement déterminant de chaque jeune communiste a permis de manière unitaire et rassembleuse de mobiliser massivement les jeunes, de faire du MJCF un outil au service des luttes ouvert à tous. Sans tomber dans l’autosatisfaction, il est utile de rappeler que la première journée de mobilisation massive des lycéens le 7 octobre a pris une tournure massive grâce à notre détermination, à notre capacité à ouvrir le dialogue avec tous et avec les autres organisations politiques et syndicales membres du collectif "la retraite une affaire de jeunes". De même, dans un contexte de précarité et d’inégalités de classe grandissantes, la mobilisation étudiante, mitigée, reste d’une ampleur inédite si tôt après la rentrée. Ce n’était pas gagné d’avance, mais au fil des AG, manifs, rassemblements, le combat qui s’est déroulé en ce début d’année, c’est celui du droit de faire de la politique à l’Université. Les étudiants se sont approprié le débat à travers la question de l’emploi et des conditions d’étude. Il y a encore beaucoup de potentialités, et les étudiants communistes doivent faire de la mobilisation des retraites un point d’appui pour la suite, pour aller au combat et à la victoire sur d’autres questions concrètes.
Évidemment cela ne veut pas dire qu’un boulevard est grand ouvert devant nous. Le propre de notre activité révolutionnaire est de mettre en cohérence les aspirations plus ou moins conscientes à une autre société, de leur donner du sens, de les faire émerger de la lutte par notre militantisme quotidien. Nous savons bien que le passage en force de Sarkozy est de nature à renforcer le mur du fatalisme et de l’impuissance. Mais là où nous avons ouvert des brèches, c’est sur le fait que l’interrogation ne porte pas aujourd’hui sur la nécessité d’un changement, mais plutôt sur notre capacité à l’imposer.
Rien n’est fini, tout est devant nous. L’intersyndicale se réunit à nouveau le 29 novembre pour envisager les suites que pourrait prendre la mobilisation. Durant les dernières semaines, le MJCF a insisté dans sa communication sur les liens qui existent entre retraites, emploi, formation et la stratégie de la peur, de la division et du rejet de l’autre mise en place par ce pouvoir. En liant ces questions nous avons su marquer notre originalité de communiste en donnant à voir la cohérence globale des offensives de la droite et les conséquences quotidiennes dans la vie des jeunes. Ces mêmes conséquences partout en Europe. Mobilisations en Grande Bretagne, en Allemagne, en Espagne, en Irlande, grève générale au Portugal : un à un les peuples se lèvent pour lutter contre les casseurs d’avenir.
En France, le nombre de moins de 25 ans au chômage depuis plus d’un an a augmenté de 72% en 2008. Près d’un quart des jeunes diplômés du supérieur occupent un emploi temporaire dans les 4 années suivant la sortie de leur formation. 150 000 lycéens sortent chaque année de leur formation sans qualification et pour eux c’est le chômage durable qui devient l’une des seules perspectives d’avenir. La précarité dans nos formations, dans l’accès au travail, dans le travail est devenue la norme car elle est savamment organisée pour mettre les générations en concurrence et reconfigurer entièrement le marché du travail pour faire de nous des esclaves de l’argent roi. Dans le même temps, la collusion du pouvoir avec le milieu de la finance devient visible pour tout le monde à l’image de l’affaire Woerth/Bettencourt qui a participé à alimenter la colère. L’ultra milliardaire Warren Buffet déclarait il y a deux jours : « je crois que les gens comme moi devraient payer plus d’impôts. Notre situation est meilleure qu’elle ne l’a jamais été », au moment même ou les plans d’austérité en Europe se multiplient.
L’heure est donc bien à la mobilisation sur tous les fronts, ceux des luttes, et celui d’un nouveau projet de société. Le mouvement jeunes communistes est une organisation de jeunesse, qui doit dans ce cadre apporter sa pierre à la réflexion sur ce nouveau projet, dans l’action et la réflexion. Avec notre dernier congrès, nous avons réaffirmé cette nécessité.
Notre lutte pour de nouveaux droits, notre campagne sur l’emploi et la formation constituent des points d’appui forts pour être une organisation incontournable pour les jeunes et dans le débat politique. Pour être l’organisation qui offre un cadre d’expression politique à la colère. Dans les prochains mois, nous pourrions donc agir sur tous ces fronts et à l’image des jeunes communistes des Hauts de Seine et de leur initiative coup de poing au siège de l’Oréal nous pourrions multiplier les initiatives pour dénoncer la classe des privilégiés, la bande de ceux qui se gavent à la table du Fouquet’s et qui organisent le système pour nous rançonner.
La droite s’enferme dans sa guerre de classe, mais l’idée grandit que le capitalisme met en péril nos vies et le devenir même de l’humanité. Alors à l’instar de ceux qui veulent faire de nous une armée de jeunes précaires tout juste bons à faire fructifier leurs capitaux et qui nous chantent l’air d’une génération perdue, je suis convaincu que nous saurons être le moteur d’une génération révolutionnaire !
« Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre. » Émile Zola, Germinal.
Fraternellement, Pierric Annoot, Secrétaire Général du Mouvement Jeunes Communistes de France