Mouvement des jeunes communistes
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Les processus en cours au sud de la Méditerranée
Introduction à la discussion au Conseil National du MJCF des 29 et 30 janvier 2011

Nous commençons cette introduction par une citation, il s’agit d’un proverbe turc.

« La nuit est enceinte et nul ne connaît le jour qui en naîtra ».

En disant cela nous pensons d’abord à ce qui se vit en Tunisie.

Tout un peuple s’est levé, avec un rôle d’entraînement des forces les plus vives du pays : jeunes diplômés déqualifiés et sans emploi, en grande partie intellectuels et artistes, nombreux syndicalistes. Tout cela n’est pas parti de rien. Il y a eu le grand mouvement des mineurs de phosphates de Gafsa en 2008, durement réprimé ainsi que d’autres luttes contre l’approfondissement de l’exploitation capitaliste, luttes réactivées semble-t-il à la faveur des événements récents. Un mouvement qu’on peut qualifier sous bien des aspects de révolutionnaire au plein sens du terme, avec un peuple vigilant qui ne veut ni de l’autocratie, ni de ceux qui étaient intégrés à son système de pouvoir, un peuple qui n’est pas dupe des larmes de crocodiles versées aujourd’hui par les mêmes responsables politiques qui des années durant ont soutenu et encensé Ben Ali. Un peuple conscient que ce qu’on appelle réussite économique ne vaut pas grand chose si ses fruits sont accaparés par une minorité et si elle s’accompagne du mépris de la très grande majorité et d’atteintes incessantes à la dignité et aux droits. Une telle révolution mêlant l’expression de volontés d’émancipation sociale à celle d’aspirations démocratiques et laïques est une première dans ce siècle, dans le monde arabe et méditerranéen mais plus largement dans celui des bons élèves émergents de la communauté capitaliste internationale.

Personne ne doit nous tromper. La révolution entamée en Tunisie a eu pour déclencheur l’indignation provoquée par l’immolation d’un jeune diplômé sans autre avenir que la précarité et la répression. Les baguettes de pain brandies dans les manifestations, le rôle majeur joué dans la structuration du mouvement par l’UGTT, et son refus aujourd’hui de laisser au pouvoir ceux qui hier servaient Ben Ali et sa famille montrent qu’une simple révolution de palais ne répond pas aux aspirations du peuple tunisien.

De même, les révoltes en Algérie d’une jeunesse qui n’en peut plus qu’un Etat au sous sol aussi riche la maintienne dans l’extrême pauvreté, ou encore ce qui est en cours en Egypte, sont les exemples d’un mouvement profond de remise en cause de l’ordre néocolonial qui capte la quasi intégralité des ressources de ces pays, ne laissant aux peuples que des tyrans corrompus et le minimum pour survivre. Londres, Paris ou Washington se contenteront de demander le respect des droits fondamentaux en refusant d’y croire. Peu importe les contradictions avec la mobilisation de ces puissances pour faire tomber Gbagbo quitte à exiger une publication trop précipité des résultats des élections et à imposer des sanctions qui ne font qu’aggraver la crise politique et sociale dont seuls les Ivoiriens paient les conséquences.

Une révolution ne s’exporte pas car chaque pays a une situation différente. Mais il y a des enseignements à tirer, notamment quant à la fragilité d’un pouvoir qui s’enferme dans la surdité aux aspirations du peuple.

Pour l’Union Européenne et la France, c’est une réalité immédiate.

Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont en effet bien plus à cœur de soutenir les quelques tyrans que la raison des marchés leur impose et de reprendre pour les décennies à venir les projets écris au diner du Siècle et dans les salons de Davos pour les imposer aux peuples du Monde en réunissant les dirigeants des plus grandes puissances dans des sommets au slogan cynique : « nouveau monde, nouvelles idées ».

Car ce nouveau monde, qui tarde à paraitre, pourrait bien échapper aux tenants de l’ordre établi.


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