Allocations chômage tronquées, réduction des pensions, allongement de l’âge de départ à la retraite, suppression de poste dans la fonction publique, plans de licenciement drastiques, non remboursement de certaines dépenses de santé, réduction des dépenses dans l’ensemble des services publics…
Les plans d’austérité, que les dirigeants tentent de graver dans le marbre avec le pacte euro plus, font des ravages à travers toute l’Europe.
D’autant que ces derniers jours, on assiste à une deuxième vague.
En Grèce, par exemple, le gouvernement social démocrate de Georges Papandréou décidait cette semaine (à la suite des mobilisations) de négocier avec la droite un remaniement ministériel lui permettant un consensus autour du nouveau plan d’austérité visant à économiser plus de 28 milliards d’euros d’ici 2015, sous formes de privatisations, et de hausse des taxations des plus pauvres (même si Papandréou a annoncé que finalement il ne quitterait pas le pouvoir).
Il en va de même au Portugal qui vient de négocier un prêt de 78 milliard, en Espagne où la troïka (UE, FMI, BCE) impose des mesures drastiques, etc… et peut-être même chez nous puisque la Commission européenne demande à la France de réduire encore la dépense publique, de s’attaquer au statut des CDI, de freiner la hausse du smic et d’augmenter la fiscalité indirecte.
Face aux conséquences de la crise qui n’est pas la leur mais qu’on voudrait leur faire payer, les peuples ne restent pas sur le banc de touche, et les jeunes une nouvelle fois sont en première ligne.
D’abord, faits moins connus mais tout aussi important, les Slovènes viennent de rejeter par référendum le report du départ en retraite de 63 à 65 ans tandis que les Islandais refusent eux (par référendum aussi) de rembourser les banques.
Evidemment, on a beaucoup plus entendu parler des « indignés » présentés dans de nombreux médias comme une génération spontanée rejetant en bloc la politique. La réalité est, une fois de plus, un peu plus compliquée.
La dégradation toujours plus importante de leur condition de vie pousse nombre de personnes à s’interroger et à rejeter les politiques menées, mais les grands rassemblements à Madrid, à Athènes, à Lisbonne n’auraient sans doute pas eu lieu sans les manifestations antérieures.
Quelques années après la mobilisation des « milleuristes » qui avait traversé l’Europe ( de l’Espagne à la Grèce en passant par l’Italie), les jeunes précaires reprennent la rue avec des conditions de vie encore plus dégradées.
En Espagne, par exemple, les salaires des jeunes sont descendus jusqu’à 500 euros par mois et Le chômage touche presque 1 jeune sur 2.
Les « indignés » ont donc commencés leurs mobilisations à la suite de la manifestation organisée le 15 mai par des collectifs, notamment d’orga de jeunes, comme « jeunes sans futur » ou « démocratie réelle ».
Le mouvement a donné lieu à près d’un mois d’occupation des places de plusieurs villes d’Espagne avec des revendications aussi sociales et économiques que politiques, aujourd’hui les places se vident mais de nouveau rendez-vous sont pris pour le 19 juin et pour préparer la rentrée avec la date du 15 octobre dores et déjà annoncé par l’UJCE (et le collectif « jeunes sans futurs »).
En France, les indignés n’ont pas eu le même écho même s’il y a eu des rassemblements dans plusieurs grandes villes.
Mais au Portugal, depuis fin mai c’est une multiplication des défilés et des assemblées générales sur la place Rossio notamment, alors qu’en Grèce plusieurs dizaine de milliers de personnes se retrouvent sur la place Syntagma d’Athènes et que les journées de grève générale abondent (la troisième depuis le début de l’année a eu lieu cette semaine).
Tous semblent ne pas vouloir payer la crise aussi bien qu’ils ne veulent plus être les otages du bipartisme et du hold-up démocratique organisé partout en Europe sous le credo « on n’a pas le choix, c’est la faute de la dette ».
Les différents appels qui émanent de ces mouvements remettent en cause jusqu’au système, en Espagne notamment avec ce passage par exemple « La volonté et l’objectif du système est l’accumulation de l’argent, en le faisant prévaloir sur l’efficacité et le bien être de la société… Nous les citoyens, nous faisons parti de l’engrenage d’une machine destinée à enrichir une minorité qui ne connaît rien de nos besoins. Nous sommes anonymes, mais sans nous rien de cela n’existerait, puisque nous faisons bouger le monde ».
Pourtant ces revendications, cette volonté de changement peinent à trouver le chemin des urnes.
En Espagne comme au Portugal, les sociaux démocrates perdent les élections mais au profit des partis de droite alors que les partis de gauche ne progressent que peu, quand ils progressent.
Dans la même veine, Berlusconi prend une tôle aux dernières élections (malgré sa tentative de chasser sur les terres xénophobes) mais au profit du centre gauche. Alors que le bipartisme est partout dénoncé, paradoxalement, le chemin des urnes, de l’alternative semblent encore bien difficile à trouver et les partis portant progrès et transformation restent assez largement minoritaires, sans compter la lancinante progression depuis quelques temps déjà de l’extrême droite à travers l’Europe.
En France, l’UMP n’en finit plus de se prendre pour le front national (faisant d’ailleurs progresser d’autant ce dernier dans les consciences) après les comparaisons bien plus que révoltantes entre zoophilie et homosexualité, après les différents propos nauséabonds de Guéant dont celui-ci « Les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés », Copé n’a rien trouvé de mieux à dire à marine Le Pen –qui a adressé une lettre à tous les parlementaires pour demander l’interdiction de la double nationalité avec un arrière fond nostalgique de l’Algérie française – il n’a rien trouvé de mieux à lui répondre que eux, à l’UMP, étaient mieux organisés que ça, qu’ils n’allaient pas répondre aux coûts par coûts aux exigences xénophobes, mais qu’ils traiteraient bien sûr du sujet lors de leur convention sur l’immigration et l’intégration début juillet.
Le tout, comme d’habitude, pour créer un écran de fumée devant leur politique de classe et la nouvelle offensive (qui s’inscrit dans cette même vague d’austérité que connaisse les autres pays européens et recommandée par Bruxelles) qui vise à toujours moins répartir les richesses.
Cette fois-ci le gouvernement se lance dans la multiplication des sources de travail gratuit pour ses grands amis patrons.
Après les annonces en grande pompe sur l’apprentissage dont on a déjà parlé et qui auront, on le sait, pour conséquence, dans ce contexte, de fournir une main d’œuvre bon marché aux patrons de la même façon que les stages.
Copé, encore lui mais cette fois avec son club Génération France, a proposé l’instauration d’un service civique obligatoire de quatre mois, pour tous les jeunes de 18 à 25 ans, rémunéré à hauteur de 350 euros par mois.
En termes de travail gratuit, le gouvernement n’hésite pas à aller plus loin : Wauquiez a lancé l’assaut très vite rejoint par Copé, tous deux proposent aux allocataires du RSA socle (ex-RMI), dans le cadre d’un contrat unique d’insertion, de travailler entre cinq et dix heures par semaine dans le domaine de l’aide aux personnes dépendantes des services publics locaux et de voir leur ressources progressivement diminué en cas de refus.
Double bénéfice de cette opération puisque en plus de fournir du travail gratuit, elle permet de continuer de diviser ceux qui ont les mêmes intérêts en désignant comme responsable de la crise et de ses conséquences ces « fainéants, fraudeurs, assistés » que seraient les allocataires du RSA.
La une du Figaro du 4 juin titrait d’ailleurs « enquête sur la France des assistés », pourtant on a beau cherché, pas trace dans le journal de Dassault des vrais assistés de notre pays : ceux qui ont déjà tout et qui veulent toujours plus.
Pas de trace des profits 2010 - de plus de 80 milliards d’euros - des entreprises du CAC 40 sauvées de la crise par l’Etat sans aucune contrepartie, pas de trace des salaires des patrons qui s’enrichissent autant qu’ils gèlent les salaires de leurs employés ou qu’ils licencient pourtant une quarantaine d’entre eux a empoché en 2010 l’équivalent de ce que touchent 18 300 victimes du chômage et de l’exclusion. Mais il faut croire que c’est jamais assez puisque mardi les députés ont adopté (310 contre 220) le projet de loi de finances rectificative qui allège l’impôt de solidarité sur la fortune (il passera au Sénat le 21 juin).
Ce texte prévoit que l’ISF s’applique désormais aux patrimoines supérieurs ou égaux à 1,3 million d’euros, contre 800.000 jusqu’à présent.
Au-dessus du nouveau seuil, il fixe un taux d’imposition de 0,25% pour les patrimoines compris entre 1,3 et 3 millions et de 0,5% au-delà.
Cet allègement représente un manque à gagner pour l’Etat de 1,6 milliards d’euros. Cerise sur le gâteau, une disposition a été ajoutée prévoyant que les assujettis à l’ISF pourront déduire 300 euros par personnes à charge, c’est sûr ça devait leur manquer !
Maigre contre partie le bouclier fiscal a été supprimé à l’unanimité mais le dispositif s’applique aux impôts payés l’année précédente, le "bouclier" fonctionnera donc encore en 2012 et 2013.