Groupe culture du pôle Bataille des idées : Peux-tu nous décrire le collectif qui s’est mis en place à la JC de Paris ? Antoine J.C. 75 : Le collectif a pour vocation de mettre en contact les jeunes communistes qui souhaitent utiliser leur énergie militante d’une autre manière. C’est un collectif artistique. C’est un collectif politique. Les membres du collectif ne prétendent pas mettre l’art au service de la politique, ou l’inverse. Ils ont des questions, des désirs, des revendications, des idées. A la base il y a une perception particulière : perception du mot, perception de l’événement, perception d’un morceau de musique, d’un texte, d’un film. De ces perceptions, la réflexion fait jaillir des idées. Ensuite, la sensibilité artistique intervient dans la recherche d’un moyen d’incarner le résultat de cette réflexion. L’art est un formidable moyen d’approcher le réel : par leurs créations, les membres du collectif cherchent à questionner la réalité de la politique.
G.C.P.B.I. : Qui fait partie du groupe ? Antoine : Le collectif artistique de la JC Paris est ouvert à tous les militants. Nous comptons sur l’émulation, accélérateur de l’inspiration et de l’audace, pour créer un mouvement productif. Il faut produire sans relâche, agir, se mouvoir, pour ne pas s’enraciner dans le protocolaire, le convenu. Tous les supports sont possibles, à notre portée.
G.C.P.B.I. : Quels sont les objectifs du collectif ? Antoine : Dynamiser l’action militante et l’art politisé, cette bête noire de la critique depuis les années 80. Engager un processus de réflexion libre et novateur. Affirmer l’individualité d’une vision tout en incarnant celle-ci dans une œuvre plastique, intellectuelle, réfléchie. Tu parles de la volonté de faire des créations artistiques, y a-t-il au sein du collectif un désir d’aller à la découverte d’œuvres, même si elles n’apparaissent pas au premier plan avec une prise de position politique ? Bien entendu, nous n’abandonnons pas totalement une œuvre parce que l’auteur n’affiche pas ses convictions politiques ! La personnalité d’un être humain n’est pas uniquement constituée par ses opinions politiques, heureusement. Donc l’unicité d’une œuvre d’art n’est pas spécifiquement politique, évidemment.
Groupe culture du pôle Bataille d’idées : Comment êtes-vous arrivé à travailler l’accès à la culture ? Chloé J.C. 93 : C’est d’abord parti d’une envie. La première initiative culturelle que nous avons animée, fut le débat théâtre. Avec le débat théâtre, on cherchait à animer un débat de manière plus ludique, parce que c’était dans le cadre de la Fête de l’Huma. Après, vu le succès de l’idée, on a décidé de continuer à animer ce type d’initiative. On a donc continué le débat-théâtre, puis on a monté une chorale et une campagne vidéo. De plus, en Seine-Saint-Denis, la création artistique a toujours fait partie du paysage départemental.
G.C.P.B.I. : Pourquoi cette démarche et pourquoi au sein de la J.C. ? Chloé : L’accès à la culture est un droit que nous revendiquons, de manière plus ou moins forte selon les périodes, mais nous voulions que cette lutte devienne concrète. On s’est dit que c’était bien de commencer par faire vivre ce droit au sein même de la J.C. et montrer que c’est possible, la culture pour tous.
G.C.P.B.I. : Finalement par l’art le but est de toucher, des jeunes à qui un tract (par exemple) n’aurait pas parlé ? Chloé : La politique, c’est un langage qui peut exclure ceux qui n’y sont pas habitués. Alors que l’art utilise le langage de l’émotion. Pleurer, rire, avoir peur, sont des émotions comprises par tous et donc parler d’abord de son ressenti, avant d’entrer dans de grands débats politiques, est plus facile. De fait, sans parler de l’aspect ludique, utiliser la pratique artistique comme expression politique, permet de s’adresser à un plus grand nombre, à nous après, les militants, d’ouvrir le débat politique. Je crois aussi que mêler l’expression artistique aux valeurs et messages politiques que nous voulons transmettre, ne s’opposent pas. C’est juste une manière différente de les exprimer.
G.C.P.B.I. : Même si la création ne doit pas être soumise aux diktats financiers, on constate aujourd’hui des coupes budgétaires importantes, notamment avec la réforme des collectivités territoriales. La culture passe au second plan dans beaucoup de collectivités. Le frein à la création existe. Il en va de même avec la disparition progressive du statut (déjà précaire) des intermittents. Est-ce que le collectif a volonté de travailler sur ces questions ? Chloé : Comme la question le dit très bien, les coupes budgétaires sont un frein à la création et à la pratique. Sans ces moyens financiers, il est difficile de louer un local pour répéter, d’investir dans des costumes, d’acheter des pupitres, de faire des photocopies de partitions... et de faire vivre les espaces artistiques tout simplement. Nous travaillons donc sur cette question car elle est directement liée à l’accès à la culture pour tous.
Entretiens réalisés par Mylène pour le groupe culture du pôle Bataille des idées.