Mouvement des jeunes communistes
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En 2011, un G8 et un G20
Texte d’introduction à la discussion au Conseil National du MJCF les 29 et 30 janvier.

Nous sortons d’une année marquée par une offensive historique des libéraux contre tous les progrès acquis dans les luttes du siècle passé et la restauration de la fuite en avant du capitalisme dans la globalisation et la financiarisation. Les grands sommets mondiaux de 2009 ont servi à sauver le système en y injectant tout ce que les économies nationales pouvaient donner. Les sommets de 2010 ont servi à mettre en place la stratégie de démantèlement de toutes les entraves à l’expansion du capitalisme sur de nouveaux marchés. 2011 doit être le temps de la reconquête.

C’est le sens de la conférence de presse de Nicolas Sarkozy au début de la semaine : silence sur la situation en France, toute l’attention de la nation doit se porter sur les grandes ambitions de notre Président pour le Monde.

Ainsi, le sommet du G8, en Juin à Deauville, travaillera sur la sécurité dans le Monde. Trois grandes zones sont au menu : l’Afghanistan et le Pakistan, le Moyen-Orient, et l’Afrique. Le G20 quant à lui, organisé à Cannes en novembre, devra traiter des problèmes liés à la concurrence entre les monnaies, des ravages que provoque la spéculation sur les matières premières et la « nouvelle gouvernance mondiale ». Nicolas Sarkozy affiche le volontarisme qu’on lui connait, n’hésitant pas à parler d’un nouveau système international, de refonder les institutions de l’ONU, et de résoudre les défis qu’ont révélé les émeutes de la faim au Nigeria ou en Haïti.

En réalité, les chefs d’Etat des 20 pays qui concentrent 80% de la richesse mondiale, se donnent pour mission de tracer les grandes lignes de leur hégémonie sur l’économie mondiale pour les prochaines décennies. En coulisse, l’OMC affiche clairement l’intention de relancer le processus de négociation de Doha en échec depuis quelques années et le FMI son rôle d’outil privilégié d’imposition des logiques libérales aux économies nationales et régionales. A la tête de la mondialisation capitaliste, nous retrouverons donc trois Français : Pascal Lamy pour l’OMC, Dominique Strauss-Khan pour le FMI, et Nicolas Sarkozy pour les grandes puissances.

L’enjeu démocratique est donc terriblement saillant en ce début d’année. De la Cote d’Ivoire à Haïti qui voit revenir un à un ses anciens bourreaux, en passant par les rives de la Méditerranée où souffle un vent de colère, c’est justement ce vieux monde, celui de Davos et de la loi du plus fort, qui se meurt. Sarkozy cherche de nouvelles idées, ce sont les peuples qui se chargeront de les construire.

Mais dans ce clair-obscur, des ombres progressent.

Alors que la Hongrie, où des députés d’extrême droite participent au gouvernement, assume la présidence de l’Union Européenne, en France, c’est l’homophobie d’État qui règne. M. Myard, député UMP des Yvelines, dans la droite ligne de son copain Christian Vanneste (député UMP du Nord), compare en toute impunité zoophilie et homosexualité.

Le Conseil Constitutionnel, en refusant de reconnaitre l’inégalité que constitue l’interdiction faite aux homosexuels de se marier, ne fait que renforcer les discriminations jusque dans leurs aspects les plus criminels.

Et la logique réactionnaire du pouvoir s’accompagne d’une nouvelle étape dans la construction d’un arsenal de dispositifs ultra sécuritaires pour maintenir son ordre. Alors qu’à Moulins dans l’Allier, ou à Montpellier dans l’Hérault, des lycéens passent actuellement devant des juges pour sanctionner leur mobilisation contre la réforme des retraites, l’adoption de la LOPPSI2 constitue une nouvelle étape dans la logique de surveillance et de répression généralisée. Au programme :

1. Les fichiers d’antécédents de la police et la gendarmerie enregistreront la quasi-totalité des crimes et délits sans distinction d’âge. 2. La loi substitue au terme de « vidéosurveillance » celui de « vidéoprotection ». L’objectif est d’étendre de manière considérable la surveillance par caméras en étendant les pouvoirs des préfets. 3. La logique pénitentiaire est aggravée par l’augmentation des peines plancher, des périodes de sureté, et de la surveillance judiciaire. 4. La police municipale acquiert les compétences de police judiciaire. Il leur est donc désormais permis de constater les crimes, délits et contraventions et d’en dresser le procès-verbal. 5. Les mineurs, les étrangers, ou encore les supporters sportifs sont particulièrement mis à l’index par des procédures accélérées de jugements, de détention, d’entrave à la liberté de circulation.

A l’évidence, cette escalade sécuritaire, à la suite d’une décennie de chasse aux migrants, de provocations racistes et xénophobes par des membres de la majorité et des gouvernements successifs, traduit l’aboutissement du processus de réunification de la droite entamé à partir de 2002. Paradoxalement, alors que l’UMP s’est constituée suite à la victoire sur Jean-Marie Le Pen en appelant à un front républicain derrière Jacques Chirac, c’est toute l’entreprise de siphonage idéologique et électoral du FN par l’UMP qui produit ce nouveau contexte où les deux organisations se cherchent un nouveau souffle en admettant de plus en plus ouvertement la possibilité d’assumer des responsabilités en commun.

S’il reste des divergences importantes entre les deux organisations, notamment sur le cadre national comme outil de régulation politique, elles s’accordent autant sur la mise en place d’une thérapie ultralibérale pour l’économie par la suppression de dizaines de milliers de postes de fonctionnaires et la casse du droit du travail, que sur la nécessité d’une logique ultra répressive et discriminatoire pour parvenir à l’imposer.

Le prisme « jeunesse = délinquance = immigration » véhiculé ouvertement dans la « guerre nationale » décrétée à Grenoble l’été dernier par Nicolas Sarkozy et sa traduction dans la LOPPSI2 ont été l’ultime étape d’une banalisation outrancière des propositions du FN et un marche pied pour un retour en grâce de la famille Le Pen dans le cirque médiatique à l’occasion de leur congrès.

Cette volonté de division de la société est d’ailleurs martelée par le gouvernement dans tous les domaines. Luc Chatel a ainsi joué à nouveau du bâton et de la carotte dans l’Education Nationale. A deux jours d’intervalles, il fait publier les décrets d’application des dispositions de la loi Ciotti pour la suspension des allocations pour les familles en cas d’ « absentéisme » de leur enfant puis annonce un accord sur l’établissement de primes au mérite pour les proviseurs dont la gestion correspondrait le mieux aux nouveaux critères du ministère. Ces critères ? Simples : les projets originaux d’établissements, et les résultats des élèves. C’est donc tête baissée que l’idée d’aggraver encore la compétition entre lycées aurait été acceptée, sans même s’interroger sur le traitement qui serait bientôt réservé aux proviseurs des établissements qui ne répondraient pas à ces exigences. Peu importe les conséquences dramatiques de la réforme de la formation des enseignants, où l’aggravation des inégalités qu’impose la suppression de la carte scolaire et le dogme de l’égalité des chances, sans discussion, l’idée d’une réforme des rythmes scolaires, pour adapter l’École aux rythmes de la société, est insinuée peu à peu dans les esprits comme une évidence.

C’est la flexibilité, l’autonomie, et le travailler plus que la droite étend à l’Éducation Nationale !

Les négociations sur l’emploi et la précarité dans la fonction publique

Il y aura 65 ans le 19 octobre prochain, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français et vice-président du Conseil, créait le statut de la Fonction publique. Il repose sur plusieurs grands principes parmi lesquels :

− l’égalité (donc recrutement par concours et pas à la tête du client), − l’indépendance (garantie par l’impossibilité pour un fonctionnaire d’être renvoyé (hors faute grave), ce qui évite les sommations à la servilité). La droite n’a jamais avalé ce continent hors-capitalisme au cœur de l’économie et de la société française. Elle attaque donc férocement, essentiellement par trois bouts :

1) Christian Jacob, nouveau président du groupe UMP à l’Assemblée, l’a affirmé sans ambages : il faut en finir avec l’emploi à vie des fonctionnaires ! Ils doivent pouvoir être renvoyés. Et voilà la précarité qui toucherait aussi 5 millions de salariés ! Au-delà, on voit bien les conséquences sociales de tout ça en période de chômage de masse. Comme dans le privé, il faudra faire silence dans les rangs sinon... Pas de carte syndicale sinon... Pas de grève sinon...

2) Deuxième assaut mené dès 2007 par Sarkozy : les primes. Un fonctionnaire doit travailler pour l’intérêt général. Si on instaure un système de primes, le fonctionnaire n’est pas incité à traiter correctement les cas qu’il rencontre mais à les bâcler pour en traiter un maximum même si c’est n’importe comment. Voilà comment on pousse les policiers à inculper des innocents et expulser à la chaîne. Voilà comment on pousse des proviseurs à refuser les élèves en difficulté scolaire. Voilà comment on pousse les agents de Pôle emploi à ne pas aider vraiment les chômeurs... Système de primes sur fond de bas salaires et voilà tout l’esprit, tout le sens et toute l’efficacité de la fonction publique qui s’effondrent !

3) On attaque la fière statue mais à défaut de pouvoir pour l’instant la détruire complètement, on en réduit à toute vitesse l’envergure. Ce troisième assaut a deux noms : Réforme générale des politiques publiques (RGPP), c’est-à-dire non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ; son deuxième nom, c’est Jean-François Mancel, député UMP de l’Oise qui propose de sortir du statut de la fonction publique tous les fonctionnaires qui ne travailleraient pas dans « les fonctions régaliennes ». Le deuxième effet KISS COOL de ladite réforme, c’est que ça dégrade la qualité du service rendu et donc ça monte les usagers contre les fonctionnaires et les services publics, « décidément tellement moins efficaces que le privé. »

C’est donc une attaque en règle, méthodique et acharnée qui se déploie sous nos yeux sur le terrain fondamental de la Fonction publique.


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