Le 21ème Congrès du Parti progressiste du peuple travailleur de Chypre (AKEL) s’est tenu du 25 au 28 novembre à Nicosie. Un millier de délégués y étaient représentés, de même que plus d’une soixantaine de délégations internationales. Le Congrès a été un événement important pour Chypre. AKEL, avec plus de 31% des voix aux dernières élections, est la principale force politique du pays. Elle est la force motrice du gouvernement et son principal responsable, Demetris Christofias, est devenu président de la République en 2008.
Le Congrès a mis en évidence plusieurs questions importantes qui sont autant d’enjeux cruciaux pour le pays.
Tout d’abord l’engagement renouvelé d’AKEL pour contribuer à trouver une juste solution à la partition de l’île, dont 37% du territoire est occupé par la Turquie depuis 1974. AKEL a réaffirmé sa position constante pour une solution basée sur un État fédéral, bizonal et bicommunal, respectant les droits politiques des deux communautés gréco et turco chypriotes. Un seul État, une seule souveraineté, une seule personnalité internationale et une seule citoyenneté, comme le stipulent les résolutions des Nations unies. Une telle solution s’est compliquée depuis l’élection – dans la partie du territoire occupée – d’un représentant de la communauté turco-chypryote, plus enclin à suivre les pressions de la Turquie pour une partition de l’île en deux États.
AKEL s’est montrée ouverte à lutter pour une solution pacifique, basée sur les lois internationales et ayant pour but, selon les termes employés par Andros Kyprianou, le secrétaire général d’AKEL, réélu par le Congrès, de faire de l’État chypriote « un pont de paix avec les peuples de la région de l’Est méditerranéen ».
Lors de la Conférence internationale ouvrant le Congrès, Andros Kyprianou a souligné également les pressions qui s’exercent sur le pays pour qu’il s’inscrive dans les politiques définies par l’UE en partenariat actif avec l’OTAN et redéfinies dans le nouveau concept stratégique de l’OTAN approuvé à Lisbonne en novembre 2010 (politiques abusivement qualifiées de « partenariats de paix » dans lesquels on tente d’engager les États de l’UE non membres de l’OTAN). AKEL se prononce contre cette militarisation, de plus en plus institutionnalisée de l’UE et pour la dissolution de l’OTAN, la fermeture de ses bases militaires ainsi que pour un désarmement nucléaire généralisé. Ce sont d’ailleurs ces mêmes questions qui ont marqué pour l’essentiel les interventions des délégations étrangères lors de la Conférence internationale ayant précédé le Congrès, sur le thème du combat des for- ces de la gauche et des peuples pour la paix et la sécurité, contre l’ordre impérialiste.
Au plan de la politique intérieure, le Congrès a mis en évidence, dans un contexte international et européen très défavorable, les résultats positifs de la politique du gouvernement qui, à contre-courant des autres pays européens, fait face aux conséquences à la crise du système capitaliste avec des mesures visant à défendre les intérêts du peuple chypriote (défense de l’emploi et des services publics, lutte contre la pauvreté) face aux pressions exercées par l’UE et le FMI (33% d’augmentation des dépenses sociales à Chypre alors que partout ailleurs en Europe, c’est le rouleau compresseur des politiques d’austérité).
Néanmoins, cette politique courageuse des autorités chypriotes et d’AKEL se heurte à une offensive des forces conservatrices et des forces ultra-nationalistes qui défendent leurs intérêts économiques et n’ont jamais vraiment accepté une juste solution au problème chypriote. Les élections législatives de mai 2011 seront de ce point de vue déterminantes pour AKEL et les forces progressistes chypriotes. Comme le Congrès l’a en effet souligné, aucune avancée significative sur le plan économique et social ne pourra être garantie sans un juste règlement de la question chypriote.
De même, avec la présidence de l’UE au deuxième semestre 2012, Chypre sera confrontée au défi de faire prévaloir ses priorités pour des politiques sociales et de paix, en Europe, qui demandent que l’UE rompe avec les politiques actuelles de régression sociale et d’alignement atlantiste.
José Cordon responsable Europe des Relations internationales du PCF