A la suite d’un mouvement social contre la précarité d’une durée de sept mois qui avait débouché sur une grande victoire, avec notamment la CDIsation de 22 personnels de l’établissement, et malgré un protocole d’accord qui avait permis le retour au calme depuis plus d’un mois, la Direction de l’Ecole Normale Supérieure de Paris a fait le choix de rouvrir unilatéralement les hostilités en convoquant le 12 juillet 2011, en pleine période de vacances, neuf élèves fonctionnaires qui avaient soutenu les salariés du restaurant et du ménage, en lutte pour une sécurisation de leur emploi.
Alors même que nombre de convoqués étaient en vacances – ce qui demeure un droit, dans la fonction publique comme ailleurs, s’il est besoin de le rappeler – la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a pris la responsabilité de faire payer aux élèves solidaires (pour la plupart syndiqués à la CGT, à SUD ou à l’UNEF et pour certains militants politiques au PCF ou au NPA) la rançon de son incompétence et de son incapacité à régler un conflit social par le haut.
Face à la forte mobilisation qui a permis, en plein mois de juillet, de réunir près de 150 personnes pour dire non à la criminalisation du mouvement syndical avec notamment la participation de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012, et des conseillères de Paris Hélène Bidard (PCF) et Danielle Simonnet (PG), la directrice de l’ENS s’est vue forcée de connaître un premier recul en déplaçant au dernier moment, dans l’urgence, les conseils de discipline à la Chancellerie des Universités et en reportant au mois de septembre deux conseils convoqués contre des élèves effectuant au même moment un stage à l’étranger accrédité par l’ENS.
Toutefois, Mme Canto-Sperber a cru bon de maintenir et mener jusqu’au bout les sept autres conseils de discipline annoncés. Cinq avertissements et un blâme ont ainsi été prononcés contre des élèves dont la seule faute était d’avoir montré leur attachement à la Fonction Publique en dénonçant la situation illégale dans laquelle se trouvaient de nombreux personnels de l’ENS qui enchaînaient les CDD depuis parfois dix ans. Si le pire, à savoir l’exclusion, a heureusement pu être évité, la Direction de l’établissement a tout fait sauf un choix d’apaisement, sa décision relève de la vengeance et de la volonté d’écraser toute résistance à une gestion interne qui applique à la lettre la politique de casse systématique du service public mise en œuvre par la droite au pouvoir.