CE mercredi 7 juillet à midi, le cardinal Jaime Ortega Alamino a été reçu par le président cubain Raul Castro. A la rencontre participaient aussi le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération d’Espagne, Miguel Angel Moratinos, et le ministre des Relations extérieures de Cuba, Bruno Rodriguez Parrilla. Quelques heures plus tôt, le cardinal Ortega avait eu une réunion de travail avec les ministres Moratinos et Rodriguez Parrilla.
Les conversations ont porté sur le processus engagé le 19 mai dernier, lorsque le président Raul Castro a reçu le cardinal Jaime Ortega et le président de la Conférence des évêques catholiques de Cuba, Mgr Dionisio Garcia Ibañez.A ce jour, ce processus a abouti à la libération d’un prisonnier et au transfert de douze autres dans leur province de résidence. Dans le cadre de ces rencontres et dans le droit fil du processus cité plus haut, le cardinal Ortega a été informé que dans les heures suivantes, six autres prisonniers seront transférés dans leur province de résidence et que cinq autres seront libérés et autorisés à brève échéance à partir pour l’Espagne avec leur famille.Les autorités cubaines ont en outre informé que les 47 autres prisonniers détenus en 2003 seront libérés et pourront sortir du pays. Cette démarche s’achèvera dans un délai de trois ou quatre mois à partir de ce jour. Ce processus a pris en considération les propositions exprimées préalablement par le cardinal Ortega.
Mais voyons le contexte dans lequel ces prisonniers avaient été incarcérés.
En fait, le gouvernement cubain a libéré les derniers conspirateurs du groupe de 75 arrêtés en 2003, qui avaient été jugés et condamnés pour conspiration politique .
La sections des intérêts des Etats-Unis (qui tient lieu d’ambassade aux Etats-Unis depuis la rupture des relations diplomatiques à la suite de l’invasion de l’île et des mesures de blocus à son encontre) avait financé une groupe qui diffusait de fausses nouvelles et prenait des contacts multiples y compris dans les milieux délinquants pour déstabliser Cuba. Ils ont été emprisonnés non pour délits d’opinion mais pour avoir reçu de l’argent de l’ennemi en temps de guerre ayant pour but des menées subversives. Ils avaient été condamnés à partir de preuves. A la suite de la loi Helms Burton de 1996 qui resserait le blocus et créait une extra-teritorialité illégale où les Etats-unis pouvait poursuivre et frapper de lourdes peines de prison quiconque faisait du commerce avec l’île, une loi qui envisageait ce qu’il adviendrait en cas d’invasion de l’île, confiant sa direction à un proconsul nord’américain, attribuant déjà le tabac cubain à Philipp Morris et le rhum à Baccardi, etc.. Les Cubains avaient répondu en promulguant en 1999, une loi dite anti-loi Helms Burton. Dans cette loi il était déclaré que quiconque accepterait de l’argent de « l’ennemi » serait frappé de lourdes peines de prison. Il est à noter que l’argent reçu par exemple de l’Europe ou d’ONG européenne n’était pas frappé des mêmes interdits. Les Cubains avaient infiltré plusieurs de leurs agents dans le groupe de conspirateurs qui allait chaque jour recevoir leurs ordres à la section des intérêts américains . Dans notre livre Cuba est une île , nous avons consacré un chapitre à une enquête que j’avais alors effectué dans diverses ambassades européennes pour voir les conditions de cette conspiration, la manière dont les ambassadeurs de france, du Portugal par exemple avaient été contraint sous menaces d’accepter de suivre le proconsul nord-américain et ses complots. Tout cela avait débouché sur des sanctions européennes prises dans le week end de la pentecôte par le seul gouvernement d’Aznar, le franquiste espagnol dont l’élection avait été financée par les opposants de Miami(1). Nous étions en 2003, Bush venait d’envahir l’irak et à Miami, la mafia anti-cubaine manifestait aux cris « Après Bagdad, la Havane ». des détournements d’avion se multipliaient, le proconsul étasunien à la havane était entré en relation avec des délinquants qui opéraient ces détournements pour son compte. Les Cubains savaient que les Etats-Unis pouvaient prendre le prétexte du fait que les Cubains ne contrôlaient plus leur espace aérien pour dénoncer « la menace terroriste », puisque les nord-américains en violation de toute réalité considèrent Cuba comme un pays terroriste. Ils pouvaient prendre prétexte de cela pour déclencher une invasion de l’île. C’est dans ce contexte très tendu de 2003, de l’invasion irakienne, que les Cubains ont choisi d’abord de bloquer les détournements d’avion ou de bateau en procédant après jugement à trois exécutions en levant pour cette occasion le moratoire qui existait dans l’île sur la peine de mort. Et ils ont arrêté 75 personnes surlesquelles leurs agents infiltrés avaient accumulé des preuves qu’ils étaient financés par les Etats-Unis, en fonction de la loi de 1999 dite loi anti-Helms Burton.
Nous sommes donc au dernier acte de cette histoire, à la suite de l’entremise de l’Espagne qui a demandé cet élargissement pour plaider en Europe contre la position adoptée en 2003 et celle de l’Eglise avec laquelle Cuba a des relations améliorées depuis la venue de jean paul II qui s’était prononcé contre le blocus.
Peut-être s’agit-il également de faire la preuve de la bonne volonté cubaine auprès des Etats-Unis pour favoriser le dialogue non seulement sur les conditions de la fin du blocus mais également sur la libération des 5 héros cubains qui ont été mis en prison depuis déjà dix ans pour avoir voulu protéger leur pays contre les menaces terroristes venues des mafieux de Miami comme Posada carriles.
Le gouvernement cubain en relaxant une cinquante de faux prisonniers politiques mais de vrais espions convaincus en temps de guerre (‘la loi Helms burton à elle seule peut être considérée comme instituant une guerre contre Cuba) a fait la preuve de sa volonté de « dialogue » tant avec l’Europe qu’avec les Etats-Unis. Comme n’a cessé de l’affirmer le président Raoul Castro, les Cubains sont disponibles pour ce dialogue, ils sont prêts à discuter de tout mais ils veulent un vrai dialogue en particulier sur le traitement injuste, génocidaire qu’ils subissent depuis plus de 50 ans et qui est condamné tous les ans à Genève par tous les pays sauf les Etats-Unis et Israël. Nul doute que les amis de Cuba, les forces de paix, les syndicats et les partis de gauche vont avoir à coeur après ce geste de dénoncer haut et fort l’injustice intolérable, le viol de la légalité internationale que subit ce petit pays qui n’a jamais menacé personne et surtout pas son puissant voisin. Son seul tort est sa volonté d’indépendance.
Danielle Bleitrach