« Cette victoire retentissante nous appelle à nous unir, c’est une lutte longue, c’est une bataille qui ne finit pas. » Depuis le balcon du peuple du palais présidentiel de Miraflores, Aristobulo Isturiz, le chef de campagne du Parti socialiste unifié du Venezuela (Psuv), s’est adressé, lundi aux premières heures, aux militants venus célébrer les résultats des législatives. Selon les dernières projections, la formation du président, Hugo Chavez, devrait s’adjuger 97 des 165 sièges que compte l’Assemblée nationale. Si au terme de ce scrutin, le Psuv confirme sa place de première force politique du pays et bénéficie d’une majorité absolue, il bute sur l’un de ses objectifs, pourtant décisif, à savoir décrocher les deux tiers des députés, seuil permettant l’adoption de lois organiques de transformation des institutions.
« Ce n’est pas seulement un jour d’élection mais un jour de leçon », avait déclaré, à la mi-journée, le président, Hugo Chavez, en référence à une participation inédite pour un scrutin législatif. Ces élections ont en effet mobilisé 66,45 % des électeurs contre à peine 40 % pour les précédents scrutins de ce type. Ce net recul de l’abstention tient aux défis relevés par chacun des deux camps. Le Psuv s’est employé à présenter cette élection comme une nouvelle étape de « la révolution bolivarienne », à l’œuvre depuis une décennie. L’opposition hétéroclite de droite a, quant à elle, mené campagne contre le « socialisme du XXIe » ou « le ravin du communisme », selon l’expression d’Antonio Ledesma, le maire de la grande agglomération de Caracas.
La droite remporte 39 % des suffrages
En revoyant sa stratégie de boycott qui l’avait conduite à s’écarter de la vie institutionnelle lors du précédent scrutin en 2005, la Table d’unité démocratique (MUD) fait donc son retour en force à l’Assemblée. Avec 39 % des voix, elle s’empare d’au moins 60 sièges. Elle confirme son assise dans l’État du Zulia (12 députés contre 3 pour le Psuv), l’un des plus riches mais également l’un des plus peuplés, et dans l’État du Tachira.
Plus inquiétant pour la formation socialiste : la MUD remporte cinq sièges sur les six à pourvoir dans l’État pétrolier d’Anzoátegui, et arrive en tête à Petare, l’un des plus importants quartiers populaires de la capitale. Ramon Guillermo Aveledo, l’un des dirigeants de la MUD, s’est cru dès lors autorisé à revendiquer 52 % des voix pour l’opposition au plan national, au mépris des résultats annoncés par le Conseil national électoral (CNE) et à dénoncer un système de désignation des députés défavorable qui le frustrerait de… la victoire.
Interrogé sur les résultats du Psuv, Aristobulo Isturiz a fait valoir que la majorité présidentielle avait progressé en nombre de députés, si l’on s’en tient aux élections de 2000 où le Mouvement Ve République (l’ancien Psuv) totalisait 92 députés. « L’Assemblée sortante ne représente plus le peuple », a néanmoins juré Ramon Guillermo Aveledo, lors d’une allocution aux airs de déclaration de candidature à la présidentielle de 2012. « Il y a un nouveau mandat, l’Assemblée sortante, dans une agonie prolongée, ne doit pas décider comme si le peuple n’avait pas parlé », a-t-il averti. Une manière de sommer la majorité présidentielle de couper court à ses projets de lois jusqu’à l’installation de la nouvelle Assemblée, en janvier 2011.
L’électorat de droite s’est certes fortement mobilisé. La MUD est bien parvenue à capter une frange des déçus du chavisme qui se sont éloignés du Psuv pour des raisons contradictoires : radicalisation des transformations en cours, inefficacité des institutions, clientélisme, corruption, insécurité… Mais le message sorti des urnes ne colle pas avec l’agenda de la droite revancharde. Les électeurs soutiennent toujours majoritairement Chavez et c’est, au contraire, à travers l’abstention de certains, une demande à l’accélération des réformes qui s’est exprimée.
Cathy Ceïbe