Mouvement des jeunes communistes
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Témoignage : La tragédie du vapeur « La Coubre »

On était le 4 mars 1960.

Appuyé au bastingage de son navire ancré dans le port de La Havane, le premier lieutenant François Artola surveillait le déchargement de la cargaison. Le ciel était sans doute d’un bleu sans nuages et François devait savourer le spectacle qu’offrait la baie de la capitale cubaine, une des plus belles du monde selon les Espagnols qui y avaient fondé la ville. Dans quelques semaines, il serait de retour au pays, après ce voyage qui les avait conduits du port d’Anvers, où ils avaient chargé soixante-dix tonnes de munitions commandées par la toute jeune Révolution cubaine, au port de La Havane après une escale à Miami et aux Everglades. Un voyage sans histoire, en dehors du mauvais temps qui les avait retardés de deux jours. Rien de méchant pour ce vapeur de douze ans, la fleur de l’âge pour un bateau, qui portait le nom d’un célèbre phare du sud-ouest de la France.

Trois heures de l’après-midi. Encore quelques heures et on pourrait relancer les moteurs. Sûr que les 28 membres de l’équipage seraient plus tranquilles sans la cargaison qui avait été un souci constant ! Peut-être notre premier lieutenant a-t-il plaisanté un peu avec Jean Buron, le timonier pour l’instant inoccupé. Peut-être ont-ils envié les matelots qui avaient eu la permission d’aller à terre !

Encore quelques heures. Encore quelques jours et François, Jean et les autres reverraient les côtes de leur pays.

Mais François ne reviendrait jamais au Pays Basque.

Appuyé à la rambarde du La Coubre, sous le chaud soleil des Caraïbes, il vivait les derniers instants de sa vie.

A trois heures dix, une explosion terrible éventrait le navire tuant François Artola, Jean Buron, Lucien Aloi, André Picard, Jean Gendron et Alain Moura.

Sur le quai, l’affolement est indescriptible. On s’affaire auprès des victimes, il y en a aussi parmi les dockers de la Havane, on compte les morts, on cherche les disparus, on dégage les blessés au milieu des tôles tordues et des caisses éparpillées.

Cela fait déjà plusieurs heures que les sauveteurs travaillent sans relâche. Le soir tombe. Le quai est couvert de gens, des médecins, des dockers, des Cubains anonymes et solidaires qui se sont précipités pour donner un coup de main.

Soudain, une deuxième déflagration, encore plus forte que la première, secoue le port, semant la mort et dévastant les alentours. Soixante-seize personnes ont péri ce jour-là, plus de deux cents ont été gravement blessées.

Le bateau sombre dans la baie de La Havane. Quelques jours plus tard, l’armateur engagera des scaphandriers venus des Etats-Unis pour explorer l’épave. Tous les rapports iront directement au gouvernement étasunien, où ils sont encore classés secrets.

Cinquante ans après, les gouvernements français et cubain, tout comme les familles des victimes, attendent encore les conclusions des experts.

On n’a jamais retrouvé les restes de Lucien Aloi, d’André Picard, de Jean Gendron et d’Alain Moura. François Artola et Jean Buron ne sont jamais rentrés chez eux : ils dorment désormais au cimetière de La Havane.

Qui avait intérêt à ce que la révolution cubaine ne reçoive pas les armes dont elle avait besoin pour lutter contre tous ceux qui voulaient sa perte, et entre autres les contre-révolutionnaires réfugiés à Miami qui, avec la protection et la bénédiction des autorités US, fomentaient des attentats contre leur patrie perdue ? La réponse vient d’elle-même. Les USA ont toujours affirmé qu’il s’agissait d’un « regrettable accident »… Mais leur refus renouvelé de donner les preuves qu’ils détiennent rend leurs affirmations encore plus douteuses !

Un demi siècle après le drame, les morts du 4 mars 1960 attendent encore que la lumière soit faite sur cet attentat qui les a fauchés sur le quai de La Havane et que justice leur soit rendue.

François, Jean et les autres attendent-ils en vain ?

Annie Arroyo

Kubako Etxea (Pays Basque / Bas Adour)


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