La dimension prise par les conséquences du tremblement de terre du 12 janvier dernier et celles des autres catastrophes naturelles qui se sont abattues sur Haïti ces dernières années sont le résultat d’une situation qui dure depuis des siècles.
Ce pays des Caraïbes est l’objet des convoitises des puissances depuis sa découverte. D’abord occupé par l’Espagne qui exploite son or, puis par la France qui, en échange de la reconnaissance de son indépendance, lui a imposé une indemnisation équivalant à 20 milliards d’euros actuels pour dédommager les colons esclavagistes. Puis ce sont les États-Unis, qui portent un intérêt géostratégique sur les Caraïbes, qui ont occupé l’île entre 1915 et 1934. Les deux puissances ont soutenu la dictature des Duvalier et, en 1991,Washington soutient le coup d’État contre Bertrand Aristide avant de le ramener au pouvoir en 1994. En 2001, les troupes étasuniennes ont à nouveau occupé le pays profitant de la révolte populaire contre le gouvernement de Bertrand Aristide.
Cette longue histoire d’interventions, pillage, dictatures et sous-développement a laissé une économie dépendante, avec un État faible et corrompu incapable d’assurer l’accès aux services publics essentiels : 85% de la population vit exclue de l’accès à la santé, l’éducation, l’eau potable, au logement... 80% de l’enseignement est privé.
Des politiques économiques dictées par les États-Unis et la Banque mondiale ont favorisé la mise en concurrence des productions locales d’aliments, notamment le riz. Haïti est passé de l’autosuffisance à la dépendance alimentaire favorisant l’exode rural vers les villes et l’émigration vers l’étranger.
Le tremblement de terre de janvier 2010, après les effets des cyclones de 2008, a laissé la population dans une situation désespérée : 250 000 morts, plus de 105 000 logements et 1 300 écoles et universités détruits ainsi que le Palais présidentiel, des ministères et autres édifices publics. Depuis, 400 000 familles vivent dans la précarité la plus absolue. « En trente secondes Haïti a perdu 60% de son PIB », a affirmé le Premier ministre Jean-Max Bellerive.
À cette catastrophe vient s’ajouter maintenant l’épidémie de choléra qui a déjà fait 2 000 morts et a contaminé au moins 70 mille personnes.
Sur le terrain depuis 15 ans, des centaines d’ONG apportent leur savoir-faire dans des conditions aggravées par le tremblement de terre. Face à l’urgence, des aides considérables ont été annoncées par les membres de la Conférence des pays donateurs, mais seulement une partie a été mise à disposition. Les résultats obtenus, malgré le déploiement des moyens, sont limités.
La faiblesse de l’État rend difficile l’articulation avec l’action des ONG qui remplissent des fonctions incombant en principe au gouvernement. Cette articulation devrait permettre une vision d’ensemble et de long terme qui dépasse l’action d’urgence, nécessaire et utile sans doute, et qui jette les bases d’un développement durable.
Paradoxalement, l’aide internationale perpétue une présence extérieure qui conditionne en bonne partie les politiques à suivre. Les aides apportées facilitent l’importation de produits qui concurrencent les productions locales et l’utilisation de l’argent versé par les grands bailleurs reste sous le contrôle de la Banque mondiale.
Il a fallu que les pires catastrophes s’abattent sur le pays le plus pauvre du continent américain pour que la Banque mondiale et le FMI décident l’annulation de sa dette (tout en lui accordant des nouveaux prêts). 11,5 milliards de dollars sur dix ans ont été promis par les pays donateurs pour la reconstruction du pays dont une moitié qui devra être mise à disposition dans la période 2010-2011.
Reste à savoir de quelle reconstruction on parle. Qui décidera des objectifs ? Quel sera le rôle de la présence internationale y compris celui de l’ONU et de la Minustah ? Quelle sera la place de la population dans la mise en œuvre des projets de reconstruction ? Pour l’instant tout semble montrer que le grand absent est le premier concerné : le peuple haïtien. Pourtant il a déjà montré sa capacité à s’organiser dans les moments les plus durs avec la création de comités de quartier qui organisent la solidarité. Le peuple peut aujourd’hui prendre sa place dans des mécanismes qui l’associent à la prise des décisions le concernant au premier chef. Le développement d’une nouvelle démocratie fait certainement partie de la solution face à la faiblesse de l’État, la corruption et l’omniprésence de la « communauté internationale ».
Cette exigence démocratique aura pu faire des élections présidentielles du 28 novembre dernier un moment privilégié pour que les Haïtiens prennent la parole.
Obey Ament responsable Amérique latine des Relations internationales du PCF